Voici une vue d’ensemble chronologique de l’histoire des banques en Suisse, puis la relation particulière avec la France (qui est ancienne, dense, et souvent ambivalente).
1) Aux origines : la Suisse comme “carrefour” (XVIe–XVIIIe)
La banque suisse ne naît pas d’un empire colonial (comme Londres), mais d’un mélange très suisse :
- commerce international (routes alpines, foires, négoce),
- stabilité institutionnelle relative,
- tradition de discrétion et de sécurité juridique,
- et, à Genève en particulier, un tissu de maisons privées qui gèrent des fortunes.
Genève : un cas à part
Dès l’époque moderne, Genève devient un centre de banque privée (gestion de fortune, change, commerce). Sa proximité culturelle et économique avec la France joue déjà : capitaux, familles, réseaux circulent des deux côtés.
2) XIXe siècle : industrialisation, rail, commerce, et naissance des banques “modernes”
Au XIXe, la Suisse s’industrialise (textile, horlogerie, chimie), construit ses infrastructures, et a besoin de financement :
- apparition/essor de banques commerciales,
- développement des banques cantonales (souvent liées à l’économie locale et au crédit hypothécaire),
- montée d’une banque orientée vers l’épargne, l’investissement, et l’export.
C’est aussi le siècle où la Suisse s’affirme comme place financière au cœur de l’Europe, sans être un grand État : elle devient utile comme intermédiaire.
3) 1907 : création de la Banque nationale suisse (BNS)
La BNS structure le système monétaire et renforce la crédibilité de la place financière.
Ça ne crée pas “les banques”, mais ça stabilise l’écosystème : monnaie, politique monétaire, cadre de confiance.
4) XXe siècle : puissance, crise, puis spécialisation (1914–1970)
Entre-deux-guerres
Les chocs (guerres, crise de 1929) renforcent la valeur perçue de la Suisse : neutralité, monnaie solide, place de conservation.
1934 : secret bancaire et “marque Suisse”
La loi de 1934 (souvent résumée comme le “secret bancaire”) devient un pilier d’attractivité internationale pendant des décennies.
Important : ce n’est pas que de la fiscalité ; c’est aussi une promesse de confidentialité, dans un continent instable.
Après 1945 : l’âge d’or
La Suisse devient un leader mondial de :
- gestion de fortune,
- banque privée,
- services transfrontaliers.
Les grandes maisons se renforcent, se concentrent, se professionnalisent.
5) 1970–2000 : mondialisation, Eurodollars, et montée de la gestion d’actifs
Les banques suisses profitent :
- de la mondialisation des capitaux,
- du besoin de diversification des fortunes,
- de la réputation de sécurité.
Elles deviennent très fortes sur : wealth management, private banking, asset management, et le financement du commerce.
6) 2008–2020 : rupture (crise + pression internationale)
La crise financière de 2008 change la donne : capital, risques, réglementation, réputation.
En parallèle, la pression internationale (notamment européenne et américaine) accélère la fin d’un modèle :
- le centre de gravité se déplace de la confidentialité vers la conformité,
- la Suisse s’aligne progressivement sur des standards de transparence et d’échanges d’informations fiscales (aujourd’hui devenus la norme).
7) Depuis 2020 : repositionnement
La place suisse se vend moins comme “coffre-fort discret” et davantage comme :
- expertise patrimoniale,
- ingénierie financière,
- gestion de risques,
- services premium (structuration, planification, investissement, transmission, philanthropie),
- avec une forte exigence de compliance.
2) La relation avec la France : une histoire d’argent, de frontières… et de tensions
La relation bancaire Suisse–France est structurée par 5 réalités dans le crédit personnel
A) Proximité géographique : Genève et l’arc lémanique
Genève est littéralement “à côté” :
- les échanges économiques sont naturels (entreprises, entrepreneurs, familles),
- les patrimoines et successions sont souvent transfrontaliers,
- et la présence de travailleurs frontaliers et de sociétés internationales crée des flux bancaires constants.
B) Proximité culturelle : réseaux de familles et de fortunes
Historiquement, la banque privée genevoise se nourrit de réseaux européens, dont la France.
Pendant longtemps, la Suisse a été vue par certains Français comme :
- un lieu de stabilité,
- de diversification,
- parfois de protection (au sens large : politique, monétaire, puis fiscal).
C) L’ambivalence française : attirer les capitaux vs contrôler les sorties
La France, État centralisé, a souvent eu une relation “double” à la Suisse :
- d’un côté, besoin de financements, d’investissements, et d’un voisin économique fort ;
- de l’autre, inquiétude sur les sorties de capitaux et l’évasion fiscale (surtout au XXe siècle et après).
Cela a généré, sur plusieurs périodes, des tensions politiques et médiatiques autour des comptes non déclarés.
D) De la confidentialité à la transparence : le tournant des années 2010
Le cœur de la relation récente, c’est la normalisation :
- coopération fiscale renforcée,
- échanges d’informations,
- contrôles et procédures,
- et un changement profond des pratiques de banque privée.
Aujourd’hui, la relation est plus “technique” : conformité, fiscalité, structuration, preuve d’origine des fonds, etc.
E) Une relation économique très concrète (et pas seulement “patrimoniale”)
Au-delà des particuliers, il y a :
- financement du commerce et de l’export,
- banque d’entreprise,
- gestion de trésorerie de groupes actifs entre France et Suisse,
- investissements croisés, immobilier, private equity.
3) Ce que ça signifie “aujourd’hui” en clair
- La Suisse reste une place bancaire majeure, mais son avantage n’est plus le secret : c’est la qualité de service, la stabilité, et le savoir-faire patrimonial/financier.
- La relation avec la France est passée d’une logique “discrétion” à une logique “conformité + expertise”.
- Genève reste un point névralgique : proximité, international, flux transfrontaliers, et concentration de compétences.